Ce mardi 11 novembre 2025, jour de commémoration de la Grande Guerre , le soleil d’automne éclaire les pierres granitiques du Puy Pacaud. Yannick m’attend devant chez lui, et à peine arrivée, il m’emmène dans un petit chemin derrière sa maison. Là, il me montre ce qu’il appelle « la vraie Creuse » : une bâtisse en granit, un vieux four à pain, un chauffe-pommes de terre pour nourrir les cochons et des pommiers. « C’est ça, la Creuse », dit-il simplement, en me demandant de le photographier dans ce décor bucolique.
Dans ce coin paisible de la Creuse, Yannick Raymond incarne la Creuse d’hier et d’aujourd’hui.
De Paris à Guéret, le goût du retour
Yannick Raymond est né à Guéret en 1971. Issu d’une lignée de paysans, il a préféré la cuisine à l’agriculture. Après un passage à Paris, où il travaille dans la restauration, il décide de revenir en Creuse. « J’allais faire de grosses conneries à Paris », confie-t-il en riant. Il y reste trois ans, dans une chambre de bonne de dix mètres carrés, avant de retrouver sa terre natale.
Depuis vingt ans, il est cuisinier dans un centre pour personnes handicapées à Guéret. Il y prépare chaque jour les repas pour une soixantaine de résidents à midi et une quarantaine le soir. « Ce qui me plaît, c’est de faire plaisir aux gens. »
La cuisine comme soin
Dans son métier, Yannick jongle entre une certaine forme de créativité culinaire et les contraintes alimentaires qui lui sont nécessairement imposées, mais cela ne l’empêche pas d’adapter des plats aux régimes spécifiques de chacun des résidents pour lesquels il cuisine. « Même avec une boîte de conserve, on peut faire quelque chose de bon en ajoutant des oignons frits, des herbes, tout en respectant le régime alimentaire de chacun. » Il regrette de devoir jeter les restes, mais il s’adapte.
Son équipe, composée de Creusois comme lui, est devenue une seconde famille. Les résidents aussi. « Même ceux qui ne parlent pas ont leurs expressions propres et je les comprends ».
Une famille au rythme de la terre
Yannick vit avec sa femme qui est aide-soignante à l’hôpital de Guéret ainsi qu’avec leurs trois enfants : Hugo, 6 ans, Léo, 10 ans et Manon, 17 ans. L’ainée de ses filles désormais majeure, habite juste à côté de chez eux. « On s’organise avec nos horaires. » Il transmet à ses enfants le respect, la politesse, et l’amour du terroir. « Ils sont toujours partant pour nous donner un coup de main dans toutes les tâches qui incombent à une propriété, ramasser les feuilles, le bois… »
Il a également un regard bienveillant quant à l’emprise des écrans sur les jeunes générations et essaie autant que possible d’éloigner ses enfants de la dépendance électronique. « À la sortie du lycée, les jeunes sont tous sur leur téléphone. »
La Creuse, entre transmission et engagement
Pour Yannick, être Creusois, c’est être prêt à aider les autres. Il voit d’un bon œil l’arrivée de nouveaux habitants. « Ça fait revivre le département. Il y a trop de maisons abandonnées. » Il participe activement à la vie locale : fêtes de la pomme, de la châtaigne, de la laine… « J’aime être bénévole et être en contact avec les gens du coin. »
Il évoque également les difficultés récurrente: le manque de travail et les transports qui se raréfient.
Yannick incarne une Creuse qui résiste sans nostalgie. Il ne rejette pas les changements, mais il défend une forme de cohérence : vivre simplement, en lien avec la nature et les autres. Dans ses mots, on entend une forme de sagesse populaire, celle qui ne s’apprend pas dans les livres mais dans les gestes du quotidien.
Quand je lui demande ce que signifie « rester en Creuse », il répond sans hésiter : « La famille. » Et tout est dit.
Article réalisé par Marie-Hélène

