Un matin de mai, la lumière glissait sur Glénic comme une caresse. Nicolas Houari m’attendait devant l’église, calme, souriant, déjà tourné vers le monde avec cette douceur qui lui est propre. Ce jour là, il ne m’a pas seulement ouvert sa porte : il m’a ouvert sa vie, sa Creuse, sa musique, et ce fil invisible qui relie les êtres quand ils choisissent d’être vrais.
Le matin, l’église, et la première note du portrait
Le soleil était franc, presque insolent. Nicolas m’a proposé de commencer par l’église de Glénic — comme si, avant de parler de lui, il fallait d’abord écouter les pierres, la lumière, le silence. Il marche lentement, parle doucement, regarde beaucoup.
Puis il m’a conduit chez lui, dans sa maison en pierre, une maison qui semble tenir debout depuis toujours, avec sa cheminée qui veille et son jardin qui respire. Avant même de commencer l’entretien, il a préparé le repas. Nous avons mangé dehors, dans la douceur du jardin. C’est ainsi que commence une rencontre avec Nicolas : par un geste, un soin, une présence.
Saint Sulpice le Guérétois : l’enfance comme une terre
Nicolas est né à Guéret, mais c’est à Saint Sulpice le Guérétois qu’il a grandi, qu’il s’est construit, qu’il a appris à regarder le monde.
Il parle de son village, où sa famille est établie, et évoque faire partie « d’une tribu respectée » .
Il raconte l’école communale, les professeurs, les valeurs exigeantes, les chemins, les collines, les enfants de paysans, d’artisans, de fonctionnaires. Une enfance simple, rude parfois, mais juste. Une enfance qui forge, qui ancre, qui donne une direction.
Il sourit en évoquant le panneau « 5 km 600 » vers Guéret, qui lui semblait « le bout du monde ». Saint Vaury, c’était « Manhattan ». Le bus, « la classe à Dallas ». On entend encore l’enfant émerveillé, celui qui découvre le monde en avançant de quelques kilomètres.
La Creuse : rude et douce, comme un accord parfait
« La Creuse, on l’aime ou on ne l’aime pas. Elle se mérite. »
Pour Nicolas, la Creuse n’est pas un décor : c’est une présence. Elle est rude, elle est douce, elle est vraie. Elle ne s’adapte pas : c’est à toi de t’ajuster à elle.
Il parle de SES collines comme d’amies anciennes. « Si tu viens avec moi à Saint Sulpice, je te montrerai ma colline. Elle s’appelle Chardet ».
Cette authenticité, il la veut aussi dans sa musique : « Je ne veux rien de trafiqué. Je veux que ma musique soit vraie. Comme la Creuse. On n’a rien à prouver. »
La guitare : un choc, une révélation, une promesse
Tout commence à 17 ans, devant une vidéo de Dave Murray. Un sourire, une aisance, une lumière. « Je me suis dit : il est humain, il peut le faire, je peux le faire aussi. »
Il récupère la guitare classique de sa sœur. Il ne sait pas l’accorder. Il joue à l’oreille. Il s’enferme dans la musique comme on s’enferme dans une chambre pour rêver plus fort.
Puis viennent les rencontres : Lionel Monet, qui lui prête sa première guitare électrique. Jean Marie Ecay, un choc artistique. Laurent Rousseau, huit années de jazz et de rigueur.
La musique devient un refuge, un langage, une respiration.
Impressions : un disque né d’une lumière fragile
Son premier album, Impressions, naît d’une période difficile. Des problèmes de santé. La nécessité de réapprendre à jouer. La fragilité, la peur, la volonté.
Il se dit : « J’ai un truc à dire. »
Il enregistre à Lussat, avec Marc Edeline. Il improvise. Marc reste sans voix. Nicolas raconte : « C’était magique, comme si une lumière perçait les nuages au dessus de moi. »
Le titre de l’album, lui, arrive dans un bar de Châteauroux. Nicolas parle de son projet au patron du bar. Une cliente ivre, se mêle à la conversation, un éclat de vérité, un mot lancé comme une évidence : « Il te raconte ses impressions ! »
Et le disque trouve son nom.
Il le dédie à ses filles, à son père Panis, à son ami Antoine, à sa grand mère Sadia et Yasmine sa maman. Un album comme une cicatrice qui brille.
Mathilde, le poussin orange, et les choses qui brillent
Sur la pochette, un petit poussin orange. Un mystère tendre. Un hommage à Mathilde, une poule couleur feu qui l’accompagnait enfant.
Dans ce poulailler, dit il, « personne ne se bectait jusqu’au sang ». Un monde où les différences cohabitent, où chacun trouve sa place.
« Elle brillait. » Il le répète. Comme une vérité simple.
Ce poussin, c’est sa philosophie : s’attacher aux choses qui semblent futiles, mais qui donnent un bonheur immense. Respecter les différences. Prendre soin.
Olivier Robreau : une entente, deux albums, une liberté
Il pensait ne plus jamais jouer en groupe. Puis un guitariste chanteur Olivier lui propose après une jam session de le rejoindre sur des dates à venir, avant de lui demander d’enregistrer deux albums avec lui. Il arrange, il joue, boit, voyage. Des scènes intimistes à de grands plateaux devant 2500 personnes. Plus de 70 concerts joués. Rien de moins.
L’église pleine : une communion
La veille de notre rencontre, Nicolas a joué en trio à l’église de Saint Sulpice le Guérétois. Il n’y était pas entré depuis 25 ou 30 ans.
« C’était comme à la maison. Une communion. »
Il reconnaît presque tous les visages. Le public est attentif, bienveillant, ouvert. Après l’entracte, l’église se remplit à nouveau. « Le pari est réussi. »
Sixtine : un contrat d’amour réciproque
Sixtine est une chienne née d’une border collie et d’un berger australien qui s’est échappé « pour rencontrer sa belle ». Une portée de 7 chiots. Elle a 5 ans.
Elle accompagne Nicolas partout, même dans la création. « Elle est étonnamment calme. J’ai l’impression qu’elle comprend. »
Il dit : « Sixtine, c’est un personnage. Elle me recadre aussi. C’est comme un contrat synallagmatique : des obligations réciproques. On s’aime : je suis là, elle est là. »
Sa maison : un coup de foudre, un refuge
Il tombe sur l’annonce par hasard. Il sait immédiatement : « C’est ma maison. »
Elle est déjà sous compromis. Il se bat. Il l’obtient.
« Le calme et le bonheur. C’est comme une rencontre. »
Ce qui l’apaise, ce qui l’émerveille, ce qui le met en colère
L’apaise : le calme, la compréhension réciproque.
L’émerveille : ne rien avoir à se dire, et que les choses se passent.
Le met en colère : les gens qui ne sont pas ce qu’ils disent.
Take Off : le prochain décollage
Son deuxième album est en route. 7 titres. Électrique. Des influences du monde. Une ballade irlandaise. « Il sera ce qu’il sera. » (il sourit)
Ce qu’il veut laisser
À ses enfants : « Soyez vous mêmes, continuez comme vous êtes. »
À son public : « Comprenez que tout ce que je vous aurai laissé, au moment où vous m’aurez croisé, sera quelque chose de vrai. »
Et c’est peut être cela, finalement, Nicolas H. : un homme vrai, qui joue vrai, qui vit vrai. Un homme de Creuse, rude et doux, comme sa musique. Un homme qui, dans chaque note, dans chaque geste, dans chaque silence, cherche simplement à faire briller ce qui mérite de l’être.

