Former, transmettre, encourager

Il y a des joueurs qui passent leur carrière à courir après la lumière. Martin Douillard, lui, semble avoir choisi une autre tactique : être le joueur de l’ombre, jouer simple, lever la tête et faire avancer l’équipe. Depuis deux ans, l’ancien footballeur professionnel a posé ses crampons en Creuse, à Guéret, où il entraîne l’équipe première tout en multipliant les rôles. Comme un milieu relayeur infatigable, il distribue les ballons, colmate les brèches et fait tourner le jeu associatif sans jamais compter ses efforts.

Né aux Sables-d’Olonne en 1985, passé par La Roche-sur-Yon avant d’intégrer à 17 ans le centre de formation du Mans, Martin Douillard a longtemps évolué dans les couloirs bien balisés du football professionnel. Lancé en Ligue 1 avec Le Mans, il a connu les exigences du haut niveau, les staffs étoffés, les infrastructures impeccables et les déplacements réglés comme des horloges. Sa carrière l’a ensuite conduit à Clermont, Luçon, Yverdon, Mulhouse, Pau, Rodez ou encore Aurillac. Un parcours de joueur de devoir, jamais star mais toujours dans le match.

Changer de terrain

En arrivant en Creuse, Martin Douillard a découvert un autre football. Ici, pas de vestiaire luxueux ni de moyens démesurés. À l’Entente de Guéret, club associatif avant tout, il faut parfois être à la fois entraîneur, organisateur, éducateur et interlocuteur des collectivités. Il gère les relations avec la mairie pour les infrastructures, supervise les événements du club, accompagne les jeunes joueurs et veille au quotidien sur un collectif fragilisé par deux descentes consécutives.

Dans ce nouveau championnat de l’engagement amateur, il a dû changer de registre. Finis les automatismes du monde professionnel : désormais, il faut composer avec peu de moyens et beaucoup de bonne volonté. Martin Douillard avance alors comme un capitaine qui refuse de baisser la tête après une série de défaites. Sa stratégie repose sur les jeunes, qu’il accompagne aussi bien dans leur parcours sportif que personnel. Former, transmettre, encourager : il joue désormais le long terme.

Et s’il accepte cette charge de travail, c’est parce qu’il croit profondément au modèle associatif. « Il ne faut pas compter ses heures », répète-t-il souvent. Pour lui, le plaisir doit circuler comme un ballon bien transmis : si l’entraîneur ne prend pas de plaisir, il ne peut pas le transmettre à ses joueurs.

L’esprit creusois comme vestiaire

La Creuse n’était au départ qu’un challenge professionnel. Elle est devenue un point d’ancrage. Divorcé et père de deux enfants, Martin Douillard y a reconstruit une vie. Il y a rencontré quelqu’un, découvert le monde agricole et compris ce que signifie travailler « avec le vivant », sept jours sur sept, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige.

Ce quotidien l’a profondément marqué. Chez les Creusois, il admire la simplicité, l’humilité et la parole donnée. Des valeurs qu’il compare volontiers à celles d’un vestiaire soudé : chacun tient sa place, chacun fait son travail, sans grand discours inutile. Ici, dit-il, quand quelqu’un promet quelque chose, ce n’est pas “en l’air”.

À mesure que les saisons passent, Martin Douillard semble avoir troqué le football spectacle contre le football de terrain, celui des bénévoles qui tracent les lignes avant les matchs et ferment le stade après tout le monde. Comme un joueur revenu défendre dans sa moitié de terrain après avoir connu les grands stades, il a trouvé dans la Creuse une autre définition de la réussite : faire avancer le collectif, modestement, mais durablement.