L’homme qui écoute les maisons et les gens

Il arrive avec un sourire calme, une poignée de main franche, et cette manière d’être présent sans jamais s’imposer. Dans un métier souvent caricaturé, Fabien Sabourdy détonne : il parle doucement, écoute beaucoup, observe avant d’agir. Agent immobilier indépendant à Guéret, il arpente la Creuse comme on traverse un territoire intime, fait de routes qu’il connaît par cœur, de maisons qui ont une âme, et de rencontres qui parfois changent une vie. La sienne comme celle des autres.

Dans l’immeuble, un matin de mars

Vendredi 6 mars 2026, 9h30. Dans un immeuble composé d’appartements vide qu’il met en vente, Fabien cherche l’endroit où faire la photo. Finalement, il m’emmène à l’agence, autour d’un café. Le décor change, mais pas l’homme : posé, attentif, sincère.

Quand il pense à la Creuse, une image lui vient immédiatement : « La nature autour de chez mes parents. C’est trop beau. »

Une enfance simple, enracinée dans la campagne

Né à Limoges mais arrivé en Creuse à un an, Fabien grandit à Saint Martin Sainte Catherine. Une enfance « saine », dit-il, dans une famille unie, avec peu de moyens mais jamais de manque.

Pas d’écrans, pas d’informatique. Juste la nature, les chemins, les bois. « J’étais dehors tout le temps. Et j’adore encore y retourner. »

Ses parents avaient fui le bruit du quartier de La Bastide, à Limoges, pour une petite maison « où il n’y avait rien ». « La petite maison dans la prairie », sourit-il.

Revenir, s’installer, s’ancrer

À 18 ans, il part étudier à Limoges. À 20 ans, il revient. En 2006, il s’installe à Guéret pour un travail dans le transport.

Il ne connaît personne, mais ce n’est pas un obstacle : « J’adore communiquer. Très vite, j’ai rencontré du monde. »

Puis il rencontre celle qui deviendra sa femme. Leur fille naît en 2012. « Pour rien au monde je ne quitterais la Creuse. »

Le jour où l’immobilier s’est imposé

Rien ne le destinait à ce métier. Il se voyait dans la logistique, le commerce international, le transport.

Et puis un jour, sa belle mère doit vendre sa maison. Il discute avec un agent. Il pose des questions. On lui dit qu’il pourrait être formé.

« J’ai la facilité de communiquer. Et j’ai trouvé ça intéressant. »

Il quitte son emploi, se lance, se forme à Bordeaux et ailleurs. En 2019, il devient agent immobilier indépendant. « C’était une évidence. Le contact avec les gens, c’est moi. »

La liberté comme moteur

Être indépendant, pour lui, c’est essentiel. « Si je fais une erreur, c’est moi. Si je réussis, c’est grâce à moi. »

On lui a proposé d’ouvrir une agence. Il a refusé. « Je veux garder cet esprit de liberté. »

La Creuse, un territoire vivant

Fabien connaît la Creuse « par toutes ses routes ». Il en parle avec fierté : « On ne manque de rien ici. Les gens pensent qu’on vit dans les charrettes… C’est faux. »

Il aime expliquer le territoire aux nouveaux arrivants : la vallée des peintres, la tapisserie d’Aubusson, les forêts, les villages, les associations, les paysages variés.

« Les gens sont surpris. Ils découvrent un département magnifique. »

Les maisons en pierre, une histoire d’âme

Ce qui le touche dans les maisons creusoises ? « Elles ont une âme. »

Il parle des maçons de la Creuse, des dates gravées dans la pierre, des maisons abandonnées qui dégagent encore quelque chose.

« Même vides, elles racontent une histoire. »

Les rencontres qui changent une vie

Certaines rencontres le marquent profondément. La plus forte : une maison fermée depuis trois ans, un homme décédé, une mère qui n’arrive pas à avancer.

Il la contacte, doucement, sans se présenter comme agent immobilier. Un lien se crée. Il fait avancer le dossier. La maison revit, achetée par une famille.

« Quand je la vois, c’est beaucoup d’émotion. On a un lien que je n’arriverai jamais à décrocher. »

Il raconte aussi cette femme qui voulait fuir une situation familiale difficile. Il vend sa maison. Il lui trouve un nouveau lieu de vie. « Elle me dit encore que ça lui a permis de sortir d’une situation très difficile. »

Un métier sans routine

Pas de journée type. Des estimations, des visites, parfois une tronçonneuse pour accéder à un terrain envahi.

Le moment qu’il préfère ? « L’offre d’achat. Ça veut dire qu’ils ont trouvé leur bonheur grâce à moi. »

Le plus difficile ? « Quand ça n’aboutit pas, malgré tout le travail. »

Être Creusois, finalement, c’était déjà là

Il dit souvent qu’il est né à Limoges. Sa femme lui répond : « Oui, enfin… tu es arrivé en Creuse à un an. »

Il rit. Et reconnaît : « J’ai toujours été Creusois, finalement. »

Ce que la Creuse lui a appris ? « À être fier de mon département. À le connaître. À le présenter. »

Ce qu’il veut transmettre ? « Le plaisir d’être ici. Montrer que c’est un très beau département. »

Rester ici, parce qu’on y est bien

S’il ne devait rester qu’un mot : nature.

Et quand on lui demande ce que signifie « rester ici », il répond sans hésiter : « On est bien. Le département nous apporte tout ce dont on a besoin. Je n’ai aucune raison d’aller ailleurs. »

Ce qu’il aimerait qu’on retienne de lui ? « L’honnêteté, le professionnalisme, la simplicité. Être un agent immobilier abordable, à l’écoute, humain. »