Une baie vitrée sur la forêt

Roland m’avait orienté vers Charlotte une néo-creusoise que je connaissais à vrai dire déjà un peu… Il m’a suffi de traverser la rue en sortant de chez Roland pour trouver sa maison. Charlotte m’accueille chez elle dans son chalet creusois avec vue sur la forêt, son chez soi depuis plus de 4 ans. Très vite intégrée avec son mari et son fils, elle a non seulement trouvé ses racines mais aussi les relations sociales dont elle avait toujours rêvé.

Charlotte est née à Paris et a vécu toute son enfance en Essonne, dans une maison avec jardin. « Malgré la proximité de Paris, ce n’était pas une vie citadine. ». En grandissant avec les études puis son premier boulot, Charlotte a remonté la ligne B (ligne de Réseau Express Régional qui relie la banlieue sud à Paris) du RER au fur et à mesure de ses déménagements. Mais elle ne s’est jamais sentie parisienne.

La Creuse, « ça passe ou ça casse »

A l’âge de 25 ans, elle s‘installe à Paris, rencontre Tristan son futur mari qui est à moitié creusois (Saint-Agnant-près-Crocq) et à moitié Clermontois. Et donc tout naturellement, à partir de leur rencontre, elle se rend régulièrement en Creuse. « La première fois, je me suis dit, ça passe ou ça casse. Si je n’aime pas la Creuse, ça va poser un énorme problème. Mais, dès la première visite, j’ai adoré la route pour arriver jusqu’au village, les forêts, la campagne, le granit, tout ! »

« Après Paris, j’ai habité à Ivry-sur-Seine, c’est un peu vivre à Paris mais en moins beau, je me sentais enfermée et je déprimais dès le vendredi soir ». Zachary, leur fils né en 2012, est souvent malade, comme de nombreux petits parisiens. « Il fallait que je trouve une solution. » La famille s’installe alors à Gif-sur-Yvette, toujours en Essonne, dans la grande maison de son père qui est atteint de Parkinson. « Cela nous a permis de nous rapprocher de lui et de pouvoir l’aider dans son quotidien. Et immédiatement, je revis ! Je renoue avec la forêt. Mais c’est compliqué côté boulot, deux heures de trajets par jour, c’est contraignant. » Charlotte commence alors à faire du télétravail, elle dort à Paris deux ou trois nuits par semaine. Quand son père part en Ehpad, elle décide, avec lui bien sûr, de mettre en vente la maison et elle se remet à chercher. Elle trouve à Meung-sur-Loire, à deux heures porte à porte de Paris. Sur ces entrefaites arrive le COVID. « On vit le COVID à la campagne à l’orée de la ville, au bord de la Loire et on le vit très bien, on a un potager, on se promène dans la nature. »

« Je cherche des racines, je veux m’enraciner.»

C’est alors qu’un livre va tout changer. Ce livre, c’est Une autre fin du monde est possible de Pablo Servigne, un livre orienté vers les solutions dont la thèse est que la seule façon de survivre, c’est le lien social.

« Malheureusement nous ne nous étions pas fait d’amis à Meung. Ce manque de lien social me rend malheureuse. Ce livre est un révélateur qui à la fois me rend malade d’éco-anxiété et en même temps provoque en moi le déclic décisif. »

Une fois de plus, Charlotte et son mari se remettent à chercher une maison. « Cette fois je suis décidée à m’enraciner dans une vraie campagne. » Ils cherchent en vain dans le Puy de Dôme et le Loiret, « pour pouvoir continuer à travailler sur Paris, il me faut une ligne de train. » Aucun projet n’aboutit. « Et puis je fais un jeûne, je passe mes journées devant une baie vitrée face à la forêt. Et je me dis, c’est le seul critère qui m’importe, je cherche une maison avec une baie vitrée qui donne sur la forêt. Et je pense immédiatement à la Creuse. »

Charlotte ouvre leboncoin et trois jours après elle trouve enfin la maison de ses rêves à Saint-Michel-de-Veisse en Creuse. « On est en mai 2021 quand on visite la maison, je rentre dans le chalet et je sens que c’est là. Il y a une baie vitrée et la forêt. C’est beau, pas loin d’Aubusson, il n’y a aucun vis-à-vis, on dirait qu’on est seuls mais avec des gens autour dans le village. C’est hyper lumineux, on a le coup de foudre. On fait immédiatement une offre. » À l’époque, Charlotte et Tristan pensent que ce sera une résidence secondaire. C’est sans compter sur la détermination et l’impatience de Charlotte !

L’impression d’être enfin chez soi

La famille emménage en novembre 2021 sous la neige. « J’avais l’impression d’être enfin arrivée chez moi, j’étais heureuse. Le lendemain on avait 30 cm de neige, c’était trop beau ! » Mais au moment de repartir, impossible de sortir le camion de la neige. C’est ainsi qu’ils rencontrent Roland (vous savez, le portrait précédent ?) qui propose immédiatement de les aider. « Il était hyper gentil, hyper aidant. Vraiment une belle rencontre. Et j’ai compris très vite qu’il était un vecteur de lien social dans le village. »

Les six mois suivants, ils reviennent toutes les fins de semaines, y passent Noël en famille. « On découvre que nos voisins sont adorables. Roland m’embarque tout de suite dans la vie du village, pour l’organisation de la fête annuelle. La relation avec le village commence par quelque de chose de hyper festif avec des gens qui nous accueillent les bras ouverts. » Ils les accueillent si bien qu’ils leur offrent un arbre pour leur jardin, un Reine Claude. Une nuit, Charlotte rêve qu’elle découvre un réseau de racines sous le sol bosselé de sa maison, elle a enfin trouvé ses racines.

Avec le temps, ils ont de moins en moins envie de rentrer le dimanche soir, se font des amis, participent activement à la vie du village. Charlotte finira même trésorière de l’association locale de préservation du petit patrimoine. Ils organisent leur premier repas des voisins.

Ils ont trouvé ici une solidarité et une entraide qu’ils n’avaient pas trouvées ailleurs. Sans angélisme car tout n’est pas rose, Charlotte énumère : « On se prête des choses, on s’échange des légumes, on vient t’aider à rentrer le bois, hyper naturellement… »

La Creuse est devenue sa source d’inspiration

La Creuse a également métamorphosé Charlotte qui s’est mise à écrire ici et est devenue autrice. La Creuse est sa source d’inspiration, les lieux, la forêt bien sûr mais également les villages, les histoires et leurs habitants. Elle entend donner une autre image de la ruralité : « J’aimerais contribuer à changer les regards pleins de clichés et d’a priori. »

Aujourd’hui, Charlotte, Tristan et Zachary vivent dans leur maison qui est devenue leur résidence principale, ils sont totalement intégrés. La tradition de convivialité du village, qui semble remonter à la fin de la guerre, est peut-être due à une forme de métissage dans le village, analyse-t-elle, des Creusois qui sont toujours restés là, d’autres qui sont partis et revenus, des néo-creusois récents, des néo-creusois de la première génération, dont les enfants sont nés ici, un joli melting pot qui fonctionne.

« Nous sommes ici chez nous maintenant et pour longtemps ! » affirme Charlotte avec un large sourire. Le plus beau cadeau c’est son fils qui le lui a récemment fait en lui déclarant droit dans les yeux : « De toutes façons, nous, on est creusois, hein maman ?! »