Françoise : prendre soin des autres

En décembre j’avais contacté Françoise qui m’avait prévenue qu’elle serait bien occupée pour les fêtes. Rendez-vous avait donc été pris au bistrot de Chard, deuxième dimanche de janvier. Ce que je n’avais pas compris, c’est que pour Françoise, être « un peu » occupée pendant les fêtes, cela signifiait préparer un réveillon pour 80 personnes.

Partir pour mieux revenir

Françoise est née à Aubusson. Creusoise née de parents creusois, elle grandit ici sans réaliser vraiment sa chance. Mais à 25 ans, épiphanie lors de saisons à St-Tropez et en Suisse : elle prend conscience qu’elle a vécu jusqu’à lors dans un lieu exceptionnel : « c’est en partant que j’ai réalisé à quel point c’est beau ici ». Elle réalise que la tranquillité de son enfance est loin d’être la norme.

De la Creuse, elle loue la beauté des paysages, la sécurité (« mon fils vit à Limoges, ils doivent toujours tout fermer à clef »), le climat de confiance entre les gens et le maillage social (« Je ne me sens pas du tout isolée »).

Elle reconnaît néanmoins qu’il faut des vecteurs pour s’intégrer : après avoir vécu à Mainsat, sa famille s’installe à Chard dont son mari est originaire et c’est par l’école et les enfants qu’elle rencontre des gens. C’est peut-être pour cela que le bistrot de Chard, organisé par la Petite équipe lui tient tant à cœur, elle qui en parle comme un lieu d’intégration.

La Petite équipe de Chard

La Petite équipe de Chard, c’est 6 femmes – et j’espère ne pas créer d’accident diplomatique en donnant ce chiffre parce que certaines estiment de pas en faire partie « mais elles font autant de travail pour l’association que les autres » – qui animent la vie de ce joli petit village de l’Est-creusois. Toutes ont l’envie et la disponibilité d’organiser régulièrement des évènements et de faire vivre ce lieu de rencontres, de sociabilités et de retrouvailles qu’est le bistrot de Chard.

Chacune a ses compétences, qui la communication et la gestion des réseaux sociaux (Anne-Marie), qui le secrétariat (Bernadette), la compta (Mali dont vous avez déjà entendu parler), l’expérience au bar (Brigitte), ou son enthousiasme, sa présence et sa force vive (Tiphaine).

Françoise donc, en parfaite tenancière de bar, claquant la bise à tout le monde, un petit mot gentil pour chacun et une tchatche qui la fait circuler sans encombre des vieux amis de toujours au groupe de jeunes en passe de devenir des habitués. Et si vous croisez un monsieur à peu près aussi souriant et sympathique qu’elle, un torchon sur l’épaule, c’est son mari, préposé à la vaisselle et « quand il faut bouger des caisses lourdes parce que c’est pas parce qu’on est émancipée qu’on doit tout faire soi-même ».

Donc, si vous avez bien suivi, la Petite équipe, c’est un bistrot mensuel à Chard, le deuxième dimanche du mois de 10h30 à 13h à la mairie – si vous ne savez pas où c’est, suivez les gens parce que le moins que l’on puisse dire c’est que cela fait venir bien du monde.

C’est aussi deux marchés annuels, des évènements ponctuels (ce 14 février, repas cabaret) et de plus gros spectacles tous les deux ans (le spectacle équestre de 2024 a marqué les mémoires). « Le tout dans la joie et la bonne humeur sans chichi et en toute convivialité. », ce n’est pas moi qui le dit mais leur page Facebook. « Et les gens nous le rendent bien ! »

Prendre soin des autres

Quand je dis que Françoise a tout de l’aubergiste idéale, le sourire et la verve, ce n’est pas une vue de l’esprit puisque cela fut son métier pendant 10 ans. Elle travaille désormais dans l’aide à la personne âgée et s’il faut voir une continuité entre les deux, c’est bien un très haut sens de la sociabilité et du soin aux autres. D’ailleurs, quand elle n’est pas au travail ou en train de faire vivre le pays avec la Petite équipe, Françoise organise, comme ça, l’air de rien, un réveillon du Nouvel An pour 80 personnes.

Quand on lui fait remarquer que c’est beaucoup de boulot, elle minimise en expliquant que ce n’est pas elle qui fait toutes les courses puisqu’elle demande à chacun d’apporter une partie des ingrédients. Préparer un repas de fête pour des dizaines de gens, pour Françoise, c’est naturel et cela a l’air de la réjouir au plus haut point. J’en viens même à penser que c’est une histoire de famille cette envie de rendre les autres heureux quand elle me raconte qu’en plus de son mari au torchon, ses enfants sont de la partie pour l’aider.

Françoise ne semble avoir qu’une limite : « les gens moroses qui tirent la gueule », c’est non ! Après, creusois, néo-creusois, d’ici, anglais, etc… peu importe « du moment qu’ils sont sympathiques, je m’en fous de la nationalité et de la couleur. » À bon entendeur !

Le verre à moitié plein

Françoise, c’est donc l’incarnation de la jovialité : elle propose qu’on se tutoie au bout de 3 minutes et j’ai l’impression de parler avec une vieille amie alors qu’on se connaît depuis un quart d’heure. Avec elle, l’enthousiasme et l’optimisme sont de mises : quand elle vous raconte son dernier week-end à Narbonne, là où certains s’appesantiraient sur l’autoroute bloquée, Françoise, elle, s’extasie sur la beauté des routes et des paysages que lui ont fait découvrir ce détour.

Le mot de la fin : reconnaître notre chance de vivre en paix dans un pays où l’on mange à sa faim, où l’on a accès au soin, que tout le monde ne l’a pas cette chance et qu’en plus, « on détruit ce bonheur qu’on a ». Optimisme donc mais pas angélisme.