Babé : « En Creuse, il y a quelque chose de simple, beau, humble »

Elle s’appelle Bethsabée, mais tout le monde l’appelle Babé. Ce surnom, c’est sa grande sœur qui le lui a donné dès sa naissance : « Elle avait du mal à prononcer mon prénom quand je suis née, j’imagine qu’elle a fait un mix entre Bethsabée et bébé. Depuis, j’utilise Babé quand Bethsabée a un usage plus administratif. Finalement, je commence à assumer mon prénom, même si je ne suis pas sure de me retourner si quelqu’un m’appelle Bethsabée dans la rue ». Un peu plus tard, à l’adolescence, un copain la surnomme Babiole : « J’aimais bien, ça donne l’image de plein de petites choses mignonnes. » Babiole deviendra son pseudo sur les réseaux sociaux où elle est très active. Pourtant, elle avoue avoir été très réticente face à ces outils numériques : « J’ai mis longtemps avant de m’y mettre parce que ça rend accro, parce que le fonctionnement putaclic de likes à tout prix est un peu dérangeant et parce que c’est géré par des cons ». Ça a le mérite d’être clair ! Mais elle n’en reste pas là et ajoute : « Il y a peu de temps que j’ai un téléphone soit-disant intelligent et je n’arrive pas à m’en passer. Les réseaux sociaux m’ont permis de rencontrer des personnes, de faire des expos ou de vendre des gravures. » C’est d’ailleurs via instagram que je l’ai contactée…

Les réseaux sociaux lui permettent également de développer son militantisme et de soutenir les causes qu’elle juge importantes. « Ado, j’étais plutôt punk, j’avais une crête, les cheveux rouges. Je crois qu’à l’époque la figure révolutionnaire me faisait un peu rêver. Je me souviens avoir fait des manifs pour que les gens arrêtent de marcher sur l’herbe pour ne pas écraser les fourmis ». Cette fibre militante est à retrouver sur le compte instagram @babi0le, avec un zéro.

Et la Creuse dans tout ça ?

La Creuse a longtemps été pour elle, comme pour beaucoup, la région « paumée » de France. Elle se souvient que sa meilleure amie au lycée participait tous les ans à une grosse teuf en Creuse et « je me foutais de sa gueule », avoue-t-elle en riant. Ironie du sort, lorsqu’elle rencontre son compagnon en Belgique, il tente de monter un projet de vie collective en Corrèze, projet qui n’a pas abouti. Qu’à cela ne tienne, le couple décide de chercher une maison pas chère en Corrèze… ou en Creuse. « On en a visité pas mal et on est tombés amoureux de la notre. Finalement, c’est exactement ce que je cherchais : un endroit calme en pleine nature, de la forêt… et plein de gens chouettes ». Depuis, quand elle quitte le département pour aller en région parisienne, elle trouve le décor très moche et la Creuse encore plus belle. Ou quand elle traverse les Alpes pour se rendre en Italie, elle admire de magnifiques paysages, « mais ça se la pète ! En Creuse, il y a quelque chose de simple, beau et humble. » Et visiblement ça lui plaît. 

Et les Creusois et Creusoises dans tout ça ?

« Ma famille a eu beaucoup de mal à s’intégrer en Alsace. Dans notre village, on était des parias, notamment parce que je ne suis pas baptisée et à l’époque, certains parents disaient à leurs enfants de ne pas jouer avec moi. J’avais un peu cette crainte avant de m’installer ici. Je me disais qu’on allait vivre à côté de gens qui sont nés là et qui n’ont peut-être jamais quitté la Creuse. Et en fait, on a été hyper bien accueillis. » Elle s’entend d’ailleurs très bien avec ses voisins creusois qui ont vu d’un très bon œil la seconde jeunesse que le couple a donné à leur maison et la vie qu’ils ont amenée, surtout depuis la naissance de leur fils. « Ils sont très sympas les creusois, mais c’est dur d’être plus sympa que les Belges », précise-t-elle.

Creuse toujours ?

Très investie dans le milieu associatif creusois et salariée de l’association 1, 2, 3 parents, Babé concède que la forme associative est une sorte de maturité militante, « parce que l’associatif permet de faire plus de choses différemment ». Elle attend désormais la fin des travaux de son atelier et espère que « ça continue d’être chouette, qu’il y ait encore des gens motivés, des projets qui fonctionnent, des soutiens politiques plus engagés, parce que parfois c’est un peu dur de voir qu’on veut couper des forêts pour faire des pellets, une aberration ! »

Pleine de projets dans la tête et de paillettes dans ses yeux bleus, Babé semble heureuse et épanouie en Creuse. Elle conclut notre entretien avec le même sourire aux lèvres : « Ici j’ai l’impression de faire des choses qui comptent… un peu ».

Avant de se quitter, Babé me dirige, pour le prochain article, vers Cédric, né à Guéret et mécanicien vélo à Recyclabulle.