Roland : 100 000 volts au service des autres !

Delphine m’a orientée vers mon prochain portrait sans hésiter. « Il faut absolument que tu rencontres Roland ! » j’ai vite compris pourquoi. Né en Creuse, Roland l’a quittée dès la 3ème pour suivre sa formation de cuisinier. Il a ensuite beaucoup voyagé avant de revenir pour fonder une famille et rendre à la Creuse ce que la vie lui avait appris.

« Très jeune, je savais ce que je voulais faire. »

Roland naît dans une famille de cinq enfants, son père est commerçant ambulant et sa mère tient un magasin à Fransèches. « Je suis né dans la maison de famille », m’explique-t-il fièrement.

« Relativement tôt, autour de mes 13 ans, j’ai su ce que je voulais faire, je voulais être cuisinier. Dans les campagnes les maisons sont toujours ouvertes et au moment des grands travaux agricoles, il y a toujours des tablées joyeuses qui rassemblent tout le monde. Ça me plaisait beaucoup. »

Dès la 3ème, il rejoint son grand frère à Clermont-Ferrand pour y suivre sa formation dans une école. « Ça a été le début d’une aventure extraordinaire ! » Il entre ensuite au Galliéni, un restaurant clermontois, où il peaufine son métier auprès d’un chef bourguignon. « J’ai appris les grands classiques de la cuisine Bourguignonne. Les œufs meurettes, tout ça. »

Après la Creuse, la vie de palace !

Ce chef, qui l’apprécie visiblement beaucoup, l’emmène avec lui pour une saison sur la Côte d’Azur dans un palace de Saint-Jean-Cap-Ferrat ! Rien que ça ! « Passer de Fransèches à Saint-Jean-Cap-Ferrat, c’est quelque chose, on côtoyait des vedettes, des hommes politiques. Je travaillais dans le restaurant de nuit au bord de la piscine, c’est là que j’ai appris à griller les poissons ! C’était un rythme de vie très particulier, après le service on avait le droit de faire un plongeon dans la piscine où se baignaient les vedettes. Je ne pensais pas avoir accès un jour à ce type de choses. C’était une expérience incroyable ! »

Il y apprend la cuisine du Sud, de nouvelles techniques, avant de reprendre son poste à Clermont.

Qui veut aller en Angleterre ?

Mais l’aventure de Roland ne s’arrête pas là, quelques mois plus tard, le chef lance sur le ton de la boutade : « Qui veut aller en Angleterre ? » Roland accepte sans réfléchir. Le chef cherche une équipe de cuisiniers susceptibles de former les Anglais dans le restaurant gastronomique d’un ancien manoir.

Roland prend l’avion pour la première fois jusqu’à Londres puis jusqu’à Leeds. Le premier soir, il se fait traduire la carte et l’apprend par cœur. Le lendemain, on le charge de faire les commandes en fonction de la carte. « C’était beaucoup de responsabilités pour un jeune de 19 ans, mais je me suis débrouillé et j’ai fait plein de rencontres ! »

Un soir le patron leur apprend qu’ils vont recevoir une équipe de tournage et qu’il va falloir mettre le paquet. André Téchiné débarque avec Isabelle Huppert, Isabelle Adjani, Marie-France Pisier et Alice Sapritch pour tourner Les sœurs Brontë. « On se croisait au petit déjeuner, j’étais français comme elles, elles avaient autant de difficultés en anglais que moi, ça crée des liens. » Un matin, Alice Sapritch qui n’apprécie pas les menus pré-établis, lui demande de lui cuisiner tous les jours une sole grillée avec une pomme de terre. Une proximité se crée avec cette femme solitaire et un peu étrange mais très agréable : « ça m’a beaucoup marqué. » Il assiste même au tournage d’une scène.

Roland y reste 10 mois, finit par apprendre l’anglais, jusqu’au jour où il reçoit la visite de deux Bobbies qui lui remettent une lettre de la gendarmerie de Saint-Sulpice-les-Champs, on le réclame pour effectuer son service militaire. Il démissionne le cœur lourd et rentre en France pour effectuer son armée où il alterne mess et caserne.

« Je change radicalement de vie. »

Après son service, Roland travaille quelques temps à La Seiglière à Aubusson, achète une maison à retaper à Chasseline avec ses deux frères, puis rachète leur part au bout de quelques années. « J’avais alors le souhait de fonder une famille. J’ai rencontré ma femme et on a eu deux enfants. Je voulais une place beaucoup plus stable, je suis alors rentré dans la restauration collective à Aubusson. J’ai cuisiné pour les écoles, les personnes âgées, la crèche, et là aussi ça a été une découverte dingue ! J’ai cherché à améliorer les repas et l’image qu’on a de la restauration collective. Y avait tout à faire ! Et surtout, ça me laissait plus de temps libre. »

Des découvertes humaines : « on anime un pays »

C’est à ce moment-là qu’il s’engage dans l’associatif, en créant le comité des fêtes de Franssèches. Il y fait de nombreuses rencontres et apprécie la richesse des relations humaines. « Puis les années ont passé et j’ai fini par prendre ma retraite. » Il participe à la création d’une association dans sa commune d’habitation, continue à cuisiner pour les autres, à faire des repas, des goûters, des fêtes de villages. Ses engagements lui permettent d’œuvrer au bien-être de celles et ceux qui l’entourent, ce qui est finalement son seul vrai moteur. « Je suis anti-conflit, et j’ai remarqué que souvent il suffit de se mettre autour d’une table, de partager un repas pour arranger les choses. »

A bientôt 68 ans, Roland continue à être très actif et à s’investir localement, élève des abeilles, cuisine pour les autres, organise des randonnées, est membre actif de l’organisation du Téléthon pour son village. Quant aux néo-creusois, il les regarde avec bienveillance, vous imaginez bien. « Quand ils s’installent, il y a un désir de Creuse, forcément, alors si on aime la Creuse, on ne peut pas être contre. »